TEXTES

Ces textes ont été écrits lors d'un séminaire d'écriture dirigé par le romancier et essayiste contemporain Charles Robinson ( http://charles-robinson.blogspot.fr/):

Ping-pong

Il n’aime pas aimer.
Il n’aime pas l’amour.
Aime-t-il la chaleur d’une peau ?
Non, il aime pétrir la chair, mais sans passion, juste par excitation.
Il n’aime pas les femmes ; il les adore de loin, en sécurité avec un fossé de protection.
Il aime chercher souvent le goût mais surtout l’odeur de son enfance, indescriptible et totalement subjective.
Il aime respirer profondément et se sentir vivre.
Il n’aime pas les souvenirs parce que, dit-il, ils sont réservés pour la maison de retraite.
Il n’aime pas les tripes, l’andouillette et les sexes épilés.
Il aime mais n’aime plus le goût des caramels le matin sur une plage normande.
Elle lui dit aime moi.
Il n’aime pas aimer.
Elle aime les hommes maigres, glabres et androgynes.
Elle n’aime pas son humour grinçant.
Elle aime embrasser une fille sur la bouche et manger ses cheveux en même temps.
Elle aimerait avoir un éventail en dentelle pour se cacher le visage derrière.
Il n’aime pas son regard fuyant.
Elle n’aime pas son odeur et sa posture de mâle moderne et cool, féministe ; une fuite, pense-t-elle, qui ne lui donne plus aucune place dans son intimité.
Il aime les gnocchis, elle aime les raviolis.
Elle aime la montagne, il aime ………… la montagne.
Elle aime sa peau parfois rêche, son buisson de poils pubien qu’elle tricote de ses doigts.
Il n’aime pas la voir complètement saoule, lorsqu’elle dit avec un sourire niais : « Je suis complètement bourrée ».
Il n’aime pas s’entendre demander : « Tu m’aimes ….. tu m’aimes comment ? ».
Il aime le bleu, elle aime le noir.
L’aime-t-il ? L’aime-t-elle ?
Elle aime l’amour mais n’aime pas aimer sans retour.
Il lui dit : «  Qu’est-ce que tu es pénible ! …Tu n’aimes rien. »
Elle lui dit : « Ton amour est bétonné,lourd, contrôlé et exempt de frissons. »
Il lui crie : « Laisse-moi aimer comme j’aime. »
Ils aiment tous les deux les crêpes bretonnes à déguster un soir de pluie dans un Paris d’hiver.
Il n’aime pas l’amour.
Elle non plus.




Femme assise

Une femme opulente, cheveux épais et sombres, assise. Le buste est penché en arrière et appuyé sur le coude gauche. La composition, un grand format, est traitée en aplats de couleurs éclatantes, couleurs primaires et secondaires bornées par un cerne sombre. La toile enduite, base matérielle de cette peinture, a été agrandie en plusieurs points par d’autres morceaux.Cela donne à l’œuvre un aspect rustique et primitif par la présence visible des coutures. Il se dégage de cette œuvre une impression de force paisible, juste un peu dérangée par le chatoiement des couleurs. Le peintre, jeune homme longiligne et brun-noir, possède un humour très pince sans rire. Cette distance, très présente dans son discours et dans son allure vestimentaire, ne se retrouve pas dans ses dessins ou ses peintures. Une sensibilité à fleur de peau et sur le fil du rasoir se cache dans ce corps maigre et long qui cependant s’expose aux brutalités du rugby comme pour s’en couper. Monté du sud-ouest, Philippe a suivi des cours de peinture et dessin dans une ville écrasée par le soleil et anesthésiée par la digestion du cassoulet. Il possède un charme magnétique, des yeux noirs superbement dessinés sur un visage d’empereur romain, encadrés d’une chevelure ou d’une tignasse – selon l’humeur et le soin apporté – noire comme le cerne de ses tableaux. Son allure de Don Quichotte efflanqué et sa grande taille créent toujours un contraste saisissant avec son dessin qui ne s’attache qu’aux formes pleines, rondes et sensuelles. Sa palette de couleurs est aussi elle-même une violente négation deson personnage physique : couleurs orageuses, contrastes violents,éclaboussures de teintes pures, juxtapositions de valeurs sauvages et brutes.Par sa peinture et par sa présence, toujours discrète au fond de l’atelier,Philippe s’est attiré l’adhésion immédiate de ses congénères qui attendent ses traits d’humour comme des enfants quémandant des sucreries. Il peint et dessine en légèreté, caresse la toile et le papier d’un bras maigre et souple, l’instinct et les sens activés et mobiles. Son œuvre déjà produite comporte des xylogravures polychromes, où le sillon creusé dans la planche de bois trace,curieusement, des chevelures rythmées comme des branches d’arbres. Les peintures, qu’il fit dans sa chambre d’étudiant du Sud-ouest, présentent de celle-ci d’étonnantes scènes d’intérieur vues en plongée.
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La gestation de cette œuvre fut immédiate, spontanée,juste rythmée par la présence conjointe du modèle et du jeune artiste. Chaque mercredi soir, pendant 4 semaines, arrivait Sandra au sourire éclatant. Elle disparaissait pour se dévêtir puis montait sur la sellette enroulée dans un paréo aux motifs cachemire. Elle se posait, cherchait sa place. Enfin elle posait. Les lumières s’allumaient. 45 minutes de cette présence rose, une espèce de Dalila à chevelure mousseuse qui irradiait dans le halo des projecteurs. Puis le modèle quittait la sellette, les lumières de ce proscenium improvisé s’éteignaient, les élèves rangeaient et repliaient leur matériel. Philippe,souvent le dernier, quittait l’atelier comme à regret, happé par la petite porte qu’il franchissait presque en courbant la tête. Il fallait attendre 7jours, en dehors des vacances scolaires, pour que s’établisse de nouveau cette connexion électrique entre le modèle et lui. Cependant, il continua, plongédans sa grande toile et dans son bain de couleurs, encore deux semaines, avant que ses yeux noirs ne s‘éclairent plus d’aucune étoile. La toile fut ainsi peinte en 6 séances de 3 heures chacune, ponctuées par 15 minutes de pause ou son humour aspergeait les hauts murs de l’atelier.
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Le fond gris neutre. J’insiste auprès de mes élèves pour qu’ils « bloquent » le blanc, c’est-à-dire qu’ils fassent disparaître toute trace du fond blanc de la toile à peindre, enduite et préparée. La réaction de ceux-ci est toujours, pour moi, une source d’amusement et d’étonnement : rébellion amusée, dégoût affichée de cette valeur triste et morne portant le deuil de la couleur. Je subis donc douce moquerie et gentils quolibets. Mais l’exécution suit le conseil. « Bien Maître ! »,dois-je entendre, proféré du coin relevé d’une bouche amusée, accompagné de l’éclair d’yeux humides et goguenards. Je couve alors mes étudiants d’un regard de mère-poule lorsque ceux-ci barbouillent, à grands coups de pinceaux plats,la toile blanche avec cette teinte si réprouvée. « N’oubliez pas d’y mettre une noix de bleu primaire pour refroidir cette teinte. Mais pas de bleu layette. » Ainsi va notre monde à l’atelier, gris au commencement et éclatant de couleurs à la fin.
 
La peinture acrylique. Pour la peinture acrylique,le plus difficile est de peindre dans le frais. Pour cela, il vous faut conserver sur votre palette les tons ou couleurs suffisamment humides et crémeux.
Je vous conseille donc ceci : en tout premier,l’achat d’une palette rigide, blanche et suffisamment grande. Puis des pinceaux rigides en soies de porc, poils d’oreille de bœuf ou biquette chinoise. Enfin,muni de ces outils, il vous faut déposer sur la palette une ou des noix de pâtes de couleurs en quantité suffisante pour réussir l’exercice. Une fois la couleur déposée, puisez l’eau à l’aide de votre pinceau en poils durs pour bien broyer, et mélangez la dite pâte qui doit être opaque, mousseuse et saturée en eau. Un reflet brillant vous montre que l’eau est en quantité suffisante pour en maintenir l’humidité et la plasticité. Faites cependant attention à ne pas incliner trop votre palette. Gare aux coulures. Ainsi vous pourrez travailler les passages en les mêlant les uns aux autres avec subtilité.
 
Le travail d’après le modèle vivant. C’est une démarche ambiguë. Cela ne doit pas être une copie stérile et sans risque mais une sublimation et la base d’un travail d’imagination et de recréation. La tentation est grande d’éviter toute exposition, toute hardiesse et tout dévoilement, pour ne se réfugier que dans la copie directe et scolaire du modèle et de son corps. La censure de la personnalité, de la sensibilité et de l’émotion, la répression du désir, ne doivent absolument pas marquer ou entraver le crissement du trait de crayon ou la caresse du pinceau sur le support. Se dégager de la contrainte de plaire, de séduire, et donc de coller à la ressemblance photographique. Se laisser aller et lâcher le contrôle face à un autre corps, corps nu, jeune ou vieux, beau ou moins beau, sans que le regard ne s’embue, ni de rejets ni d’interdits. Débrancher le mental pour ne laisser parler que les sens, en prise directe avec la main. Le dessin de nu est comme un carton à dessin vieillot, largement abîmé aux coins et maculé sur sa surface de graffitis obscènes ou de sentences distanciées et castrées, qui renferme aussi bien les académies d’hommes aux allures martiales et un tantinet homo-érotiques que les puissants délinéaments féminins du crayon de Matisse,les lignes frisées d’Egon Schiele, la chair poupée d’Ingres, les muscles boursouflés de Michel-Ange ou la peau couleur de nougat de Renoir. Tout est là,toute la recherche de l’amour, du plaisir et la présence du désir, caché ou canalisé par économie ou par peur.





Ambiance bretonnante.

Crêperie à Montparnasse.
Une salle bondée, odeur mêlée d’andouillette et de pollution citadine.
Diner après le cinéma.
En face de moi, de l’autre côté de l’allée de circulation du restaurant, une table : un homme, jeune, figure sympathique et ouverte, des yeux humides et mobiles, une coiffure de vieux rat mouillé et un sweet à capuche lie-de-vin.  Il se tient en bout de table.
De chaque côté de lui, deux jeunes filles.
De face, une jolie blonde, magnétique et volubile, visage propre et net, sans maquillage. Seul un piercing au sourcil droit dénote. Un sourire, très beau et attirant. Bijoux d’argent, mêlés à son habillement couleurs mobilier de foyer d’étudiant : jean et pull bon marché.
De dos, une autre jeune fille, rousse et pâle, nuque gracieuse et boucles d’oreille pendantes, écharpe indienne cachemire et pull mousseux, pantalon de velours.
Les trois se livrent à une discussion animée, ponctuée de sourires, de clins d’œil, de regards laser vissés dans les yeux de l’interlocuteur ou de l’interlocutrice. De loin, un ring, un combat de charme et de séduction.
La jeune blonde quitte la table pour les toilettes, semble-t-il. Démarche agréablement chaloupée et féline sur chaussures de sport avachies.
Dés que celle-ci à disparue au sous-sol, le jeune homme, comme l’aiguille  aimantée d’une boussole se penche vers son nord, la jeune femme rousse avec laquelle il commence un entrelacs de doigts, de baisers sucrés sur bouche à bouche molasse et de confidences de dessous de couette. Cependant l’oeil masculin et châtaigne reste relativement mais sportivement aux aguets en direction de l’arrivée de l’escalier du sous-sol. Le haut d’une chevelure blonde, vu au travers de barreaux en bois faussement rustique et breton, interrompt sèchement ces câlineries adolescentes.
Gorgées de cidre.
La jeune amazone rousse se lève à son tour pour le même but que son amie. Surprise, la blonde magnétique prend place et, curieusement, remplace l’absente comme si au siège était accordé un rôle mystérieux. Regard du bellâtre mal coiffé de nouveau vers la volée d’escalier. Puis mêlée de coups d’oeil scrutateurs et guetteurs, de sourires complices post nuits de sexe et de petits déjeuners en sous-vêtements et visages bouffis. Le jeune homme déguste, dévore sa jeune compagne comme le second plat de son menu spécial « Quimper ».
Le trou béant de l’escalier révèle les épis de la chevelure rousse de la deuxième jeune fille. De nouveau à table, gorgée de cidre, détachement feint et tripotage de boulettes de pain. En haut de l’escalier, visage tourné vers la table, instant de surprise, l’œil bleu à la chevelure rousse jauge et interroge la scène et le spectacle de la table. Puis nonchalamment se dirige vers elle et s’assied à la place de son amie. Discussion vive, éclats de rire, regards félins et carnassiers, respirant l’envie de la chair, de la peau. Crêpes salées et sucrées dégustées, cidre bouillonnant dans l’estomac, corps relâchés et ouverts, chaleur de la salle de restaurant, brouhaha.
Le garçon interrompt la fusion, se lève et se dirige vers l’antre souterrain d’aisance. Dés la disparition du moindre cheveu de cette coiffure d’adolescent, membre d’un club de football banlieusard, les deux filles comme mue par un ressort commun commencent à se lever pour occuper la place vide. La lutte dure peu, quelques fractions de secondes ; la jeune fille rousse l’occupe, triomphatrice. Regards lancés à la dérobade aux alentours. Les filles alors reprennent le jeu, le rituel entre elles : baisers de chatons sur bouches humides et sucrées, doigts qui se caressent et se nouent, corps penchés l’un vers l’autre. Les yeux bleus cependant scrutent l’apparition d’un tignasse ridicule au sortir de l’escalier. Elle apparaît.
La table se fige et se glace, les corps se redressent et les bouches se referment sur une langue léchant le sucre de l’autre. A l’autre bout de la salle, le garçon, une seconde décontenancé, œil marron devenu noir, se reprend et se dirige vers la table d’un pas mou cadencé par un pantalon informe moulant ses hanches faméliques. Debout, il regarde ses deux amies : instant de silence, de regards interrogateurs, inquiets. Puis les sourires explosent leurs visages. Ils se lèvent, s’habillent et sortent les yeux illuminés de jeunesse, de désir, de joie et d’inquiétude.
Dehors, il pleut.
Trottoirs mouillés et odeur de poussière âcre.
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Vue de dos : Le spectacle d’un individu de dos, nuque féminine soyeuse, souple ou nuque masculine velue, raide et noueuse semble être le comble de la vison de l’abandon. Le souvenir des peintures de l’artiste danois Hammershoï, les premiers émois érotiques des salles de classe ou une nuque placée devant délivrait son odeur d’adolescence et procurait la fatigue du désir. Bataillon du service militaire ou la promiscuité aventureuse du métropolitain.
Sympathique :
Un aimant populaire, une attitude commerciale et rentable pour démonte-soucis, la fuite sucrée d’artiste en mal de reconnaissance ou de collègues en défaut de notoriété. Sympathie des affiches de publicité qui attirent dans leurs pièges. Devoir de sympathiser avec vos tortionnaires, vos chefs boyscouts cocaïnés. Tout est sympathique et même sympha : corsage, personnes, situation et tout le toutim.




Scène de famille.

Diner, intérieur nuit d’une salle à manger éclairée par un lustre au plafond et par la lumière venant de la cuisine en arrière plan au fond.
La bénédiction du repas est achevée. Nancy reste silencieuse et regarde les assiettes vides et inutilisées qu’elle a, par habitude, disposées sur la table par soucis de symétrie.  Son fils, Steven, calé dans  sa chaise, lui aussi reste immobile et silencieux. Seul le ronronnement du moteur du réfrigérateur et le grésillement d’une ampoule sur le point de claquer meuble cette atmosphère lourde, épaisse qui colle et entoure les meubles, les murs, les papiers peints de cette maison bon marché de banlieue américaine. Les deux pièces sont trop propres, trop rangées et le décor de cette scène amplifie l’atmosphère d’ordre névrotique qui opacifie la vue.
Steven respire longuement, lentement, se racle la gorge, avale sa salive puis tente de prononcer quelques mots :
Steven:……Je vais partir, Mom ; J’ai décidé de partager une maison avec des copains………. près de l’université….
La mère : Tu ne peux me laisser tomber comme ça, comme une vielle chaussette….après tout ce que j’ai fait pour toi……… Elle regarde plus fixement les assiettes vides en face d’elle.
Steven redresse la tête et regarde sa mère avec des yeux pleins d’incompréhension et de dureté. Puis, prononçant pour lui-même dans sa tête : oui, je pars, se convainc-il, pour aller vivre avec mes potes mais surtout pour dormir avec Sally.
La mère veut éviter de montrer son affolement et sa peur de la solitude. Elle range alors les couverts des assiettes inutilisées bien droits de chaque côté  de celles-ci , une sorte de signe symbolique de son effroi de la perte de contrôle sur la situation. Elle avait construit sur la timidité et l’introversion de son fils tout un édifice de vérités, seulement valables pour elle, en autiste. Non, il n’est pas gay, juste un peu timide et pas très sportif. Même un peu efféminé, en tout cas trop ambigu pour cette contrée de cowboy entreprenant. Une fois, Steven était rentré avec l’ongle de l’auriculaire peint en rouge vif, un vernis à ongle bon marché. Dès le lendemain, comme Steven l’avait fortuitement découvert, elle avait pris contact avec l’association locale de parents de gays et lesbiennes.  Elle saupoudrait également les conversations du petit déjeuner et du diner de références, discrètement appuyées, à des icones homosexuelles médiatiques et acheta même, parce que les critiques en étaient élogieuses, les Chroniques de San Francisco, qu’elle déposa sur la table de chevet dans la chambre de son fils.
Le soir même, pendant le diner, morne et triste.
Steven : tu as vu, c’est Sally qui m’ a mis du vernis à ongle…………
La mère, totalement décontenancée ; …ah oui ……….c’est Sally ?
Elle qui jouissait déjà des possibilités de se mettre en valeur , sous la lumière, cernée par les yeux des autres participants de l’association. Elle devait être celle, qui regard confiant et tête haute, accepte son fils et prépare tendrement la sortie du placard et le difficile aveu de son fils.  Elle avait acheté 2 ou 3 livres au titre évocateur comme « Laissez-les parler, l’aveu de l’homosexualité chez les jeunes adolescents » qu’elle rangeait bien soigneusement, dos bien lisible, sous les tableaux de gauche de la salle à manger. Elle s’était créer un fils, sans aucune racine sur le réel, pour qu’il puisse servir ses desseins. Les hommes, objet de son mépris et de sa colère, ne pouvaient s’incarner dans son fils.
La salle à manger, l’automne dernier . Steven, sa mère et un homme, la cinquantaine athlétique et barbue, l’oncle Ted.
Ted : il faut que tu sortes Nancy….il faut tu rencontres des amis… des hommes…..Pense à refaire ta vie……..
Nancy : tous les mecs sont des nuls, des lâches……….ils pensent qu’à s’envoyer en l’air.
Ted la regarde avec  une sorte de compassion froide, se lève, les salue et s’en va.
La fin de la soirée, elle rumina sa rancœur envers le sexe masculin puis pensa à son fils . Elle aimait son ambiguïté qui le rapprochait d’elle mais aussi qui l’enchainait à elle. Seule figure féminine destinée à rester vierge de toute trahison avec une Autre. Cependant tout cela s’écroulait, tout cela à cause de cette petite salope de Sally…………..qui……..
Elle aurait du le pousser à faire de la danse.
Elle est sur qu’il ne veut et qu’il ne peut pas s 'assumer en ce moment.
Son flirt avec Sally , c’est une fuite, pense-t-elle.
Un soir, à la fin mai, on sonna à la porte de la maison. Un jeune homme à la carrure imposante se découpa dans l’encadrement , éclairé à contre jour par la lumière pâlotte du porche. Bill, le capitaine de l’équipe de football américain de l’université, venait se faire expliquer un exercice de mathématique par Steven. Elle jubilait, pensant découvrir le petit copain de son fils mais elle du déchanté très vite car au diner qui suivit les deux heures passées dans la chambre de Steven, elle découvrit que Bill n’était qu’irréprochablement hétérosexuel. Un sens de l’humour sans surprise et une personnalité passe-muraille sur un sourire blanc brillant.
Steven reprend la parole : Si je pars… pour vivre ma vie quoi… je veux m’éclater avant d ‘avoir à travailler….
Nancy rétorque sèchement : Ta vie…ouais,  .. Enfin j’espère………
Steven : laisse-moi vivre, tu veux !
Elle se lève machinalement, désemparée puis se dirige vers la cuisine.
Nancy, sans se retourner : tu veux un café ?
Steven : ouais, si tu ne me le fait pas payer top cher… en soupirant.



Alain Galet